Les violences conjugales touchent toutes les femmes, quelles que soient leur origine, leur âge ou leur situation de santé. Pour les femmes sourdes ou malentendantes, la difficulté de communiquer avec les secours ou les associations peut représenter un obstacle supplémentaire à la demande d'aide. Heureusement, des dispositifs existent en France pour permettre à ces femmes d'alerter, de signaler une urgence et d'être accompagnées dans une langue ou un format accessible.
Une double vulnérabilité trop souvent invisible
Les femmes en situation de handicap, et en particulier les femmes sourdes ou malentendantes, sont statistiquement plus exposées aux violences conjugales que le reste de la population. Elles cumulent souvent plusieurs freins : isolement social, dépendance à l'égard du conjoint pour la communication avec l'extérieur, méconnaissance des dispositifs existants, ou encore manque d'adaptation des services d'accueil classiques.
Un appel téléphonique classique, pourtant premier réflexe en cas de danger, n'est pas accessible à une personne sourde ou à certaines personnes malentendantes. Cette barrière peut retarder une demande d'aide, voire l'empêcher totalement, dans des situations où chaque minute compte.
Des obstacles concrets au quotidien
- Impossibilité de passer un appel vocal classique vers les secours
- Absence d'interprète en langue des signes française (LSF) disponible immédiatement
- Méconnaissance des numéros d'urgence adaptés
- Sentiment de ne pas être comprise ou prise au sérieux par des interlocuteurs non formés
Le 114 : le numéro d'urgence accessible par SMS et visio
Le 114 est le numéro national d'urgence destiné aux personnes sourdes, malentendantes, aphasiques ou dysphasiques. Géré par les services de l'État, il permet de contacter les secours (police, gendarmerie, SAMU, pompiers) sans passer par un appel vocal.
Ce service fonctionne 24h/24 et 7j/7 et peut être utilisé de plusieurs façons :
- Par SMS : il suffit d'envoyer un message au 114 en décrivant la situation
- Par fax pour les personnes équipées
- Via une application dédiée permettant le tchat en temps réel avec un opérateur
- Par visio avec un interprète en LSF, selon la disponibilité du service
En cas de violences conjugales en cours ou de danger immédiat, le 114 doit être utilisé comme on utiliserait le 17 ou le 112 : il déclenche l'intervention des forces de l'ordre ou des secours compétents.
Le 114 n'est pas réservé aux seules urgences médicales : il peut et doit être utilisé pour signaler des violences conjugales en cours.
Le 3919 : un numéro national qui s'adapte aussi
Le 3919 est le numéro national de référence pour les femmes victimes de violences. Historiquement pensé pour les appels vocaux, il évolue pour devenir plus accessible aux personnes sourdes et malentendantes :
- Un tchat en ligne est accessible via la plateforme officielle arretonslesviolences.gouv.fr, permettant d'échanger par écrit avec un professionnel formé, sans passer par la voix
- Des permanences avec interprétation en langue des signes française (LSF) peuvent être proposées via visio, notamment en lien avec des associations spécialisées
- Le site internet propose des informations claires, écrites, consultables à tout moment et en toute discrétion
Il est recommandé aux femmes sourdes ou malentendantes de privilégier le tchat ou le site internet lorsque la situation ne nécessite pas une intervention immédiate, et de réserver le 114 aux situations de danger urgent.
Applications mobiles et outils numériques utiles
Plusieurs outils numériques peuvent faciliter l'alerte ou la préparation d'une mise en sécurité :
- Applications d'alerte géolocalisée permettant d'envoyer un signal silencieux à des proches ou aux secours
- Applications de tchat avec des associations d'aide aux victimes, utilisables discrètement
- Carnets numériques sécurisés pour conserver des preuves (messages, photos, journal des faits) sans recourir à l'oral
Ces outils sont particulièrement précieux car ils reposent sur l'écrit ou le visuel, des canaux naturellement accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes.
S'appuyer sur des associations spécialisées
Certaines structures sont formées à l'accueil des personnes sourdes et malentendantes, ou travaillent en lien avec des interprètes en LSF :
- La Fédération Nationale des Sourds de France (FNSF), qui peut orienter vers des relais locaux
- Les Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF), présents dans chaque département, qui peuvent organiser des rendez-vous avec interprète
- Les associations locales d'aide aux victimes, souvent en capacité de faire appel à un service d'interprétation à distance
Il est tout à fait légitime de demander, lors d'une prise de contact, qu'un interprète en LSF ou un support écrit soit mis en place pour l'entretien. Les professionnels de l'aide aux victimes ont pour mission de s'adapter aux besoins de chaque femme.
Se préparer en amont, quand c'est possible
Lorsque la situation le permet, il peut être utile de :
- Enregistrer le numéro 114 et l'adresse du site arretonslesviolences.gouv.fr dans son téléphone
- Repérer à l'avance une association locale proposant un accueil en LSF
- Informer une personne de confiance sourde ou entendante, formée aux bons réflexes, qui pourra relayer une alerte
- Préparer un mot-clé discret à envoyer par SMS à un proche en cas de danger
Ressources et aide
Si vous êtes une femme sourde ou malentendante victime de violences conjugales, ou si vous accompagnez une personne concernée, voici les ressources à connaître :
- 3919 – Numéro national d'écoute et d'orientation pour les femmes victimes de violences (gratuit, anonyme, accessible aussi par tchat sur arretonslesviolences.gouv.fr)
- 114 – Numéro d'urgence accessible par SMS, fax et visio pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques ou dysphasiques, en cas de danger immédiat
- arretonslesviolences.gouv.fr – Plateforme officielle avec tchat et informations écrites
- Fédération Nationale des Sourds de France (FNSF) – Pour être orientée vers des structures adaptées
- Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) – Présents dans chaque département, pouvant organiser un accueil avec interprète LSF
Aucune femme ne doit rester seule face aux violences, et le manque d'accessibilité ne doit jamais être un obstacle supplémentaire à la demande d'aide. Des solutions existent, elles se développent, et il est toujours légitime de demander un accompagnement adapté à ses besoins de communication.