Les violences conjugales ne s'arrêtent pas à la porte du foyer. Elles suivent les victimes jusque sur leur lieu de travail, sous forme de stress, d'absentéisme ou de difficultés de concentration. Mais elles touchent aussi, de manière souvent invisible, les enfants du couple. Mettre en place un référent violences conjugales dans son entreprise n'est donc pas seulement une mesure de soutien pour le salarié ou la salariée concernée : c'est aussi, indirectement, une façon de protéger les enfants exposés à ces violences.
Pourquoi les enfants sont concernés par les violences conjugales de leurs parents
Un enfant qui grandit dans un foyer marqué par les violences conjugales, même s'il n'est jamais directement visé, subit un impact psychologique important. Les études montrent que ces enfants peuvent développer de l'anxiété, des troubles du sommeil, des difficultés scolaires ou encore des comportements de repli. Ils sont ce que les professionnels appellent des « covictimes » ou des « témoins » de violences.
Le parent victime, souvent débordé par la nécessité de protéger ses enfants tout en continuant à travailler, se retrouve fréquemment isolé face à des démarches complexes : garde alternée à réorganiser, mise à l'abri, changement d'école, rendez-vous avec des travailleurs sociaux ou des avocats. C'est précisément là qu'un référent en entreprise peut jouer un rôle déterminant.
Le rôle du référent violences conjugales en entreprise
Le référent est une personne formée, identifiée au sein de l'entreprise, à qui un salarié ou une salariée peut se confier en toute confidentialité. Son rôle ne consiste pas à se substituer aux services sociaux ou judiciaires, mais à :
- Écouter sans juger la personne qui se confie
- Informer sur les dispositifs existants (3919, associations locales, aides juridiques)
- Faciliter des aménagements pratiques : horaires flexibles pour accompagner les enfants à l'école, autorisations d'absence pour des rendez-vous liés à la protection de l'enfant, télétravail temporaire
- Orienter vers les ressources spécialisées dans l'accompagnement des enfants exposés aux violences
- Garantir la confidentialité des échanges pour préserver la sécurité de la victime et de ses enfants
Ces aménagements, en apparence modestes, peuvent avoir un effet considérable sur le quotidien d'un enfant : un parent moins stressé, plus disponible, capable d'organiser une mise à l'abri sans perdre son emploi, c'est un enfant mieux protégé.
Un soutien concret pour les parents en situation de crise
Beaucoup de victimes hésitent à quitter une situation violente par peur des conséquences matérielles, notamment pour leurs enfants : où vivre, comment financer un déménagement, comment maintenir la scolarité. Un référent formé peut orienter vers des dispositifs comme le logement d'urgence, les aides financières ou les associations spécialisées dans l'accompagnement des familles, ce qui réduit considérablement le temps d'exposition des enfants à un environnement violent.
« Quand mon référent RH m'a proposé des horaires aménagés pour accompagner mes enfants chez le psychologue, j'ai enfin senti que je n'étais plus seule à porter cette charge », témoigne une salariée accompagnée par une association partenaire.
Comment mettre en place ce dispositif dans son entreprise
1. Identifier et former un ou plusieurs référents
Il est recommandé de choisir des personnes déjà en position de confiance (RH, médecine du travail, représentants du personnel) et de les former spécifiquement sur les mécanismes des violences conjugales et leur impact sur les enfants. Des organismes comme le Centre Hubertine Auclert ou certaines associations spécialisées proposent des formations dédiées aux entreprises.
2. Élaborer une charte ou un protocole interne
Ce document formalise le rôle du référent, garantit la confidentialité des échanges et précise les aménagements possibles (télétravail, horaires, autorisations d'absence) pour les salarié·e·s concerné·e·s, en tenant compte des besoins liés à la garde et à la protection des enfants.
3. Communiquer sans stigmatiser
L'existence du référent doit être connue de tous les salariés, par exemple via l'affichage du 3919 dans les espaces communs, une information lors de l'intégration des nouveaux employés, ou des campagnes de sensibilisation internes. Il est essentiel que cette communication reste bienveillante, sans jamais culpabiliser les personnes concernées.
4. Créer des liens avec des partenaires extérieurs
Le référent gagnera en efficacité s'il peut orienter rapidement vers des associations locales spécialisées dans l'accompagnement des enfants exposés aux violences conjugales, des cellules d'écoute psychologique pour mineurs, ou des services sociaux de proximité.
Un bénéfice collectif, au-delà de l'entreprise
En soutenant un parent victime de violences conjugales, l'entreprise participe indirectement à la protection d'un enfant. Moins de stress pour le parent, plus de stabilité financière, un accompagnement facilité vers les bons interlocuteurs : autant de facteurs qui réduisent la durée d'exposition de l'enfant à un environnement violent et favorisent sa reconstruction psychologique.
Ce dispositif s'inscrit également dans une responsabilité sociétale plus large des entreprises, de plus en plus encouragées par les pouvoirs publics à s'impliquer dans la lutte contre les violences intrafamiliales, notamment via le index de l'égalité professionnelle et les accords de branche sur la qualité de vie au travail.
Ressources et aide
Si vous êtes concerné·e, ou si vous accompagnez un·e salarié·e victime de violences conjugales, plusieurs ressources officielles sont disponibles :
- 3919 — Violence Femmes Info, numéro national d'écoute anonyme et gratuit, disponible 24h/24 et 7j/7
- arretonslesviolences.gouv.fr — plateforme officielle du gouvernement
- service-public.fr — informations sur les droits des victimes et des enfants
- Le 119 — Allô Enfance en Danger, pour signaler une situation concernant un enfant
- Les cellules départementales de prévention des violences intrafamiliales, souvent rattachées aux préfectures
Mettre en place un référent violences conjugales en entreprise, c'est offrir un maillon supplémentaire dans la chaîne de protection des victimes et de leurs enfants. Chaque geste compte, et aucune entreprise n'est trop petite pour agir.