Apprendre que son agresseur va sortir de prison, ou risque de sortir un jour, est une épreuve redoutée par de nombreuses victimes de violences conjugales. Cette période peut réveiller la peur, l'angoisse et le sentiment d'insécurité. Pourtant, la loi française prévoit des dispositifs précis pour vous informer de cette sortie et vous protéger. Cet article fait le point sur vos droits et les démarches concrètes à entreprendre.

Le droit d'être informée : ce que dit la loi

En tant que victime constituée partie civile, vous disposez d'un droit à l'information sur le déroulement de la peine de la personne qui vous a agressée. Ce droit est encadré par le Code de procédure pénale et mis en œuvre par le Juge de l'application des peines (JAP).

Concrètement, vous pouvez être informée :

Il est essentiel de vous être constituée partie civile lors du procès pénal pour bénéficier pleinement de ce droit. Si ce n'est pas le cas, il reste possible de solliciter des informations auprès du Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation (SPIP) ou du parquet.

Le rôle du Juge de l'application des peines

Le JAP est chargé de suivre l'exécution de la peine. C'est lui qui décide des aménagements de peine et qui peut imposer des obligations particulières à la personne condamnée. Avant toute libération conditionnelle, le JAP peut organiser un débat contradictoire au cours duquel votre avis, transmis via votre avocat, peut être pris en compte.

Vous avez le droit de faire connaître au JAP vos craintes et vos besoins de protection avant toute décision de libération anticipée.

Les démarches pour être tenue informée

Plusieurs actions concrètes permettent de sécuriser votre information :

Les mesures de protection possibles

Face à la crainte d'une sortie de prison, plusieurs dispositifs juridiques peuvent renforcer votre sécurité :

Le Téléphone Grave Danger (TGD)

Ce dispositif permet à une victime en grave danger de disposer d'un téléphone relié à une plateforme de téléassistance, activable en cas d'urgence, avec intervention rapide des forces de l'ordre. Il peut être attribué par le procureur de la République, notamment en amont d'une sortie de prison jugée à risque.

L'interdiction d'entrer en contact ou de paraître

Le JAP peut assortir la libération de l'agresseur d'obligations strictes : interdiction de vous contacter, de vous approcher, de fréquenter certains lieux (domicile, travail, école des enfants). Le non-respect de ces obligations constitue une infraction pénale et peut entraîner une réincarcération.

L'ordonnance de protection

Indépendamment de la procédure pénale, vous pouvez solliciter auprès du Juge aux Affaires Familiales (JAF) une ordonnance de protection. Elle peut organiser l'éviction du conjoint violent, statuer sur la résidence des enfants et interdire tout contact, pour une durée pouvant aller jusqu'à six mois renouvelables.

Se préparer psychologiquement à cette étape

La perspective de la sortie de prison peut générer un stress important, même lorsque des mesures de protection sont en place. Il est important de ne pas rester seule face à cette étape.

Se sentir préparée, même partiellement, permet souvent de réduire l'angoisse liée à l'incertitude. Vous n'avez pas à affronter cette période seule : des professionnels et des associations sont là pour vous accompagner à chaque étape.

Ressources et aide

Si vous êtes concernée par la sortie de prison d'un agresseur ou si vous vivez une situation de violence conjugale, plusieurs ressources sont à votre disposition :

Vous n'êtes pas seule face à cette épreuve. Chaque démarche entreprise pour vous informer et vous protéger est un pas vers votre sécurité et votre reconstruction.