Face à des difficultés conjugales, beaucoup de couples envisagent une thérapie pour « sauver la relation ». Mais lorsque des violences psychologiques, physiques ou sexuelles sont présentes, cette démarche peut s'avérer non seulement inefficace, mais aussi dangereuse pour la victime. De nombreux professionnels spécialisés dans les violences conjugales alertent aujourd'hui sur ce point essentiel : la thérapie de couple n'est pas adaptée dans ce contexte.

Comprendre la différence entre conflit et violence

Il est important de distinguer un conflit conjugal classique d'une situation de violence. Dans un conflit, les deux partenaires ont un pouvoir de négociation équivalent : ils peuvent exprimer leurs désaccords, se disputer, puis chercher un compromis.

Dans une situation de violence conjugale, ce n'est pas le cas. Il existe un rapport de domination d'une personne sur l'autre, souvent installé progressivement à travers le contrôle, le dénigrement, l'isolement ou la manipulation. La victime n'est pas sur un pied d'égalité avec son partenaire : elle peut avoir peur de s'exprimer librement, craindre des représailles, ou avoir intégré un discours culpabilisant.

Or, la thérapie de couple part du principe que les deux partenaires partagent une responsabilité égale dans les difficultés rencontrées. Ce postulat est inadapté, voire dangereux, lorsqu'il existe un rapport de domination et de violence.

Les risques concrets de la thérapie de couple en contexte violent

Un espace qui peut renforcer l'emprise

En présence de l'agresseur, la victime peut difficilement parler librement de ce qu'elle vit. Elle risque de minimiser les faits, par peur des conséquences une fois rentrée à la maison. L'auteur des violences, quant à lui, peut utiliser la séance pour se présenter sous un jour favorable, retourner la situation à son avantage, ou même identifier de nouveaux éléments à utiliser contre sa victime.

« La thérapie de couple suppose une parole libre et sécurisée des deux partenaires. Ce n'est jamais le cas lorsqu'il existe un climat de peur ou de contrôle », rappellent régulièrement les associations spécialisées dans l'accompagnement des victimes.

Le risque de responsabilisation partagée

Un des principes fondamentaux de la thérapie de couple est de travailler sur la dynamique relationnelle des deux membres du couple. Cette approche peut conduire, involontairement, à faire porter à la victime une part de responsabilité dans les violences qu'elle subit. Or, la responsabilité des violences incombe uniquement à la personne qui les commet.

Ce mécanisme peut renforcer la culpabilité déjà ressentie par la victime et retarder sa prise de conscience de la gravité de la situation.

Un danger accru après la séance

Le retour au domicile après une séance de thérapie de couple peut être un moment à haut risque. L'auteur des violences peut se sentir mis en cause, exposé ou jugé, ce qui peut entraîner une escalade de la violence une fois seuls. De nombreux professionnels rapportent des situations où les tensions et les violences ont augmenté après ce type de rencontre.

Ce que recommandent les professionnels

Face à ces risques, les psychologues et associations spécialisées recommandent une approche différenciée :

Ces recommandations s'appuient sur des années d'expérience clinique et sur les retours de nombreuses victimes ayant subi une aggravation de leur situation après une thérapie de couple mal orientée.

Que faire si vous êtes concerné·e ?

Si vous vivez une relation où la peur, le contrôle ou la dévalorisation sont présents, il est essentiel de ne pas rester seul·e face à cette situation. Voici quelques pistes concrètes :

Il n'existe aucune obligation de « sauver » une relation dans laquelle des violences sont présentes. Votre sécurité et votre bien-être doivent toujours passer en priorité.

Ressources et aide

Si vous êtes concerné·e par des violences conjugales, psychologiques ou physiques, vous n'êtes pas seul·e. Des professionnels sont là pour vous écouter, vous informer et vous accompagner, gratuitement et en toute confidentialité :

En cas de danger immédiat, appelez le 17 (police-secours) ou le 112 (numéro d'urgence européen). Demander de l'aide n'est jamais un échec : c'est un premier pas vers la reconstruction et la sécurité.