Soutien & Ressources

Coffre-fort numérique : mettre ses preuves de violences à l'abri

Photos, captures, certificats : comment utiliser un coffre-fort numérique pour protéger vos preuves de violences, même si votre téléphone est surveillé.

Sommaire 6 parties
  1. Qu'est-ce qu'un coffre-fort numérique ?
  2. Comment choisir un coffre-fort vraiment sûr
  3. Quoi déposer dans son coffre-fort numérique
  4. Les démarches, étape par étape
  5. Le jour où vous utilisez vos preuves
  6. Ressources et aide

Une photo d'un bleu, une capture d'écran d'un message menaçant, un certificat médical : ces éléments peuvent compter le jour où vous déciderez de porter plainte, de demander une ordonnance de protection ou de vous séparer. Le problème, c'est qu'ils sont fragiles. Un téléphone peut être fouillé, cassé ou confisqué. Des papiers peuvent être déchirés. Le coffre-fort numérique permet de garder une copie de ces preuves hors de portée de la personne violente, pour qu'elles ne disparaissent pas.

Cet article explique ce qu'est un coffre-fort numérique, comment le choisir, quoi y mettre et comment l'utiliser sans vous mettre en danger.

Qu'est-ce qu'un coffre-fort numérique ?

Un coffre-fort numérique est un espace de stockage en ligne, protégé par un identifiant et un mot de passe, où l'on dépose des documents, des photos, des vidéos ou des enregistrements audio. Contrairement à la galerie photo de votre téléphone, les fichiers ne sont pas stockés sur l'appareil lui-même. Si le téléphone est perdu, cassé ou fouillé, les preuves restent accessibles depuis n'importe quel autre appareil (ordinateur d'une amie, poste d'une association, médiathèque).

Il en existe plusieurs sortes :

  • les coffres-forts dédiés aux victimes : certaines associations d'aide aux victimes proposent un outil gratuit, conçu pour conserver des preuves et tenir un journal des faits. Pour savoir ce qui existe près de chez vous, vous pouvez appeler le 116 006 ou consulter france-victimes.fr ;
  • les coffres-forts proposés par certains organismes ou entreprises (banques, fournisseurs de services en ligne), souvent pensés pour les papiers administratifs ;
  • un espace de stockage en ligne classique (cloud), associé à une adresse e-mail que vous seule connaissez.
Le coffre-fort numérique ne remplace ni une plainte ni un avocat. C'est un outil pour que vos preuves existent encore le jour où vous en aurez besoin, quel que soit ce jour.

Comment choisir un coffre-fort vraiment sûr

Tous les espaces de stockage ne se valent pas quand on vit avec une personne qui surveille. Avant de choisir, vérifiez ces points :

  • Il n'est pas relié à un compte partagé. Si votre téléphone est synchronisé avec un compte que l'autre connaît (compte familial, adresse e-mail commune), tout ce que vous y déposez risque d'être visible.
  • Il permet la double authentification : en plus du mot de passe, un code est demandé. Attention toutefois : si ce code arrive par SMS sur un téléphone contrôlé par l'autre, il peut être intercepté.
  • Il ne laisse pas de trace visible : pas de notification sur l'écran d'accueil, pas d'icône évidente, pas d'e-mail de confirmation dans une boîte consultée par l'autre.
  • Les données sont hébergées de façon fiable. La CNIL publie des conseils pour comprendre où sont stockées vos données et comment les protéger.
  • Il est gratuit ou ne laisse pas de trace sur vos comptes bancaires, si la personne violente surveille vos dépenses.

Si votre téléphone est surveillé

Si vous pensez que votre téléphone contient un logiciel espion ou que l'autre connaît vos codes, n'installez rien dessus. Utilisez plutôt un ordinateur extérieur (travail, association, proche de confiance) pour créer votre compte et déposer vos documents. Le site cybermalveillance.gouv.fr explique les signes qui peuvent faire penser à une surveillance d'un appareil. Changer brutalement ses habitudes peut parfois alerter la personne violente : avancez à votre rythme, en pensant d'abord à votre sécurité.

Quoi déposer dans son coffre-fort numérique

En France, devant le juge pénal, la preuve est en principe libre : c'est le juge qui apprécie la valeur de chaque élément. Plus vos preuves sont nombreuses, datées et cohérentes, plus elles ont de poids. Vous pouvez conserver :

  • des photos de blessures, si possible avec un repère de date (journal du jour, écran affichant la date) ;
  • des photos de dégâts matériels : porte enfoncée, objets cassés, vêtements déchirés ;
  • des captures d'écran de messages (SMS, réseaux sociaux, e-mails), en montrant bien le nom ou le numéro de l'expéditeur, la date et l'heure ;
  • les scans de certificats médicaux, ordonnances, comptes rendus d'urgences ;
  • les copies de vos papiers importants : carte d'identité, passeport, titre de séjour, livret de famille, carte Vitale, bulletins de salaire, avis d'imposition, RIB. Ils vous seront utiles si vous devez partir en urgence ;
  • les récépissés de plainte ou de main courante, et tout document de procédure ;
  • un journal des faits : une note par épisode, avec la date, l'heure, le lieu, ce qui s'est passé, vos blessures éventuelles et les témoins présents.

Si des images intimes de vous sont diffusées sans votre accord, conservez des captures de la diffusion (page, date, compte qui publie) avant de demander leur suppression : cette diffusion est punie par l'article 226-2-1 du Code pénal. Vous pouvez aussi la signaler sur internet-signalement.gouv.fr.

Les erreurs à éviter

  • Modifier les fichiers : ne recadrez pas, ne retouchez pas, ne compressez pas les photos. Gardez l'original, qui contient souvent la date de prise de vue.
  • Effacer l'original trop vite sans avoir vérifié que la copie est bien enregistrée.
  • Garder le mot de passe dans le même téléphone ou sur un papier facile à trouver.

Les démarches, étape par étape

  1. Choisissez un moment et un appareil sûrs, quand la personne violente n'est pas là, de préférence sur un appareil qu'elle ne contrôle pas.
  2. Créez une adresse e-mail nouvelle, avec un mot de passe que vous n'avez jamais utilisé ailleurs. Elle servira uniquement au coffre-fort.
  3. Ouvrez votre coffre-fort avec cette adresse et activez la double authentification si c'est possible sans risque.
  4. Déposez d'abord les documents les plus précieux : papiers d'identité, certificats médicaux, photos de blessures.
  5. Classez par date et nommez vos fichiers simplement (par exemple : « 2024-03-12_photo_bras »).
  6. Supprimez les traces sur l'appareil partagé : déconnectez-vous, effacez l'historique de navigation si cela ne paraît pas suspect.
  7. Confiez un accès de secours, si vous le souhaitez, à une personne de confiance ou à une professionnelle (association, avocate), au cas où vous ne pourriez plus vous connecter.
  8. Mettez à jour régulièrement, après chaque nouvel épisode, même si vous ne savez pas encore ce que vous ferez de ces preuves.

Le jour où vous utilisez vos preuves

Votre coffre-fort vous permettra de transmettre facilement vos documents à un avocat, à une association ou aux enquêteurs lors d'une plainte. Ils pourront aussi appuyer une demande d'ordonnance de protection auprès du juge aux affaires familiales, prévue par les articles 515-9 à 515-13 du Code civil. Les démarches sont détaillées sur service-public.fr.

Si vous ne savez pas par où commencer, le CIDFF de votre département offre une information juridique gratuite : vous trouverez ses coordonnées sur fncidff.info. Vous pouvez aussi échanger par écrit, 24h/24, avec un policier ou un gendarme formé sur arretonslesviolences.gouv.fr, sans laisser de trace dans votre historique grâce au bouton de sortie rapide.

Rassembler des preuves demande du courage, surtout quand on vit encore avec la personne violente. Il n'y a pas de « bon moment » imposé : même quelques éléments mis à l'abri aujourd'hui pourront vous aider demain. Et si vous n'avez pas de preuve, votre parole compte quand même.

Ressources et aide

  • 3919 – Violences Femmes Info : écoute gratuite et anonyme, 24h/24 et 7j/7. L'appel n'apparaît pas sur les factures. Ce n'est pas un numéro d'urgence. Un tchat est aussi disponible du lundi au vendredi de 13h à 20h sur solidaritefemmes.org.
  • En cas de danger immédiat : appelez le 17 ou le 112. Si vous ne pouvez pas parler, envoyez un SMS au 114.
  • 116 006 – France Victimes : aide aux victimes, orientation vers l'association de votre département. Site : france-victimes.fr.
  • Tchat avec la police ou la gendarmerie, 24h/24 : arretonslesviolences.gouv.fr.
  • 3018 : en cas de cyberharcèlement ou de diffusion de contenus en ligne.
  • Information juridique gratuite : fncidff.info.
  • Sécurité numérique : cybermalveillance.gouv.fr et cnil.fr.
  • Faire le point sur votre relation : le test du violentomètre.

Tu te reconnais dans cette situation ?

Tu n'as pas à rester seul·e. Le 3919 est gratuit, anonyme et n'apparaît pas sur les factures de téléphone. En cas de danger immédiat, appelle le 17 ou envoie un SMS au 114.